Développer son propre outil de travail ?

Avec un peu d’acharnement, j’ai réussi hier à tester Ulysses, ce logiciel dédié à l’écriture mais disponible uniquement sur MacOS et iOS, et pensé pour eux. Pour ce faire, j’en suis passé par VirtualBox… et trois ordinateurs, mais peu importe. Ça faisant deux ans que je voulais m’y frotter. Eh bien, je suis assez dégoûté, parce que c’est effectivement l’outil qui correspond le mieux à mes besoins. Sauf qu’il est en prison, payant par abonnement uniquement, code fermé, sur système verrouillé d’identifiants et d’iCloud, dans ces machines odieusement chères… Et la possibilité d’un hackintosh ne m’enthousiasme guère.

Ulysses 15
et son panneau à gauche offrant la navigation dans une bibliothèque de documents la plus aboutie à ce jour
à base de groupes et de filtres transversaux n’imposant aucun silo aux contenus

Cela étant, cette version « Mojave » de Mac OS X m’a fait très bonne impression.
Le thème sombre est propre, la rationalisation des onglets à travers les logiciels est bienvenue, l’on fait disparaître facilement l’interface si besoin, y compris cette barre permanente en haut de l’écran, à laquelle s’adjoint alors éventuellement cette autre barre supérieure des logiciels, leurs développeurs s’attachant visiblement à suivre minutieusement les lignes directrices en termes de design mises en place par Apple.

Gros changement après mon utilisation d’il y a quinze ans maintenant sur processeur « G5 » apathique… (heureusement, en même temps).

Et je me rends compte aussi de la distance qu’il y a entre ce système d’exploitation et ceux que sont Solus ou Elementary, pourtant vaillants.

Elementary OS Juno
l’une des distributions Linux les plus abouties sur le plan esthétique,
à l’interface peu personnalisable mais visant à offrir l’utilisation la plus simple et cohérente possible

Reste plusieurs possibilités :

  • M’écarter franchement du #logiciellibre, en n’ayant strictement pourtant aucune foi en la pérennité d’un logiciel propriétaire fermé dédié à un unique système d’exploitation (alors que j’envisage mon activité sur le long terme, eh oui, malgré l’#effondrement et les doutes personnels).
    C’est peut-être de ça, dont on devrait parler ? Est-ce que vous arrivez, vous, encore, à vous projeter ne serait-ce que sur le moyen terme ? À mon avis : il le faut, et peut-être, paradoxalement, plus que jamais.
  • Rester dans la situation insatisfaisante actuelle, avec le très polyvalent Writer de LibreOffice aidé de Grammalecte pour la correction, de DocFetcher pour la recherche universelle dans le texte malgré les fichiers distincts, et de petits scripts « macros », que je pourrai tous encore utiliser librement et gratuitement dans dix ans.
  • Mettre l’écriture de côté tant que je n’ai pas l’outil adapté, et le temps de développer ce dernier, comme trop d’autres le font (WriteMonkey, Zettlr, Wavemaker découvert hier, Typora, Bibisco, ou Manuskript, pour ne citer que les plus intéressants), mais on est isolé, ils avancent lentement, je ne suis pas programmeur…
Typora, texte et capture d’écran par welcometosherwood.wordpress.com
Avec des groupes plutôt que des dossiers basiquement hiérarchiques, et quelques autres apports, j’envisagerais la transition…

Cette dernière option est-elle pure folie ?

Il y a plein de MOOCs Python (par l’Université Côté d’Azur, ou l’INRIA et l’Université Libre de Bruxelles avant ça ; j’en avais débuté un…) et j’ai quelques notions de programmation grâce à Scratch et depuis que je me suis attelé à coder mon site principal avec PHP. Alors ce n’est peut-être pas tout à fait impossible…

Simplement, je crois savoir que ça me prendrait entre deux et cinq ans pour arriver, peut-être, à mes fins.

Après m’être dit ça tantôt, je me suis dit : « bah, après tout, t’es encore jeune ». C’est sûr que si cet outil me servait ensuite toute une (longue) vie, ça ne serait pas si absurde…

En ce moment, il y a l’esprit de Gnome et la démarche des concepteurs d’Elementary qui me parlent, et qui m’orienteraient plutôt vers le langage de programmation appelé Vala, qu’ils promeuvent.

Moi non plus, je n’y comprends rien…

J’ai commencé à faire quelques recherches et à me pencher sur le sujet. Il y a la documentation bien sûr, ces conseils rassemblés par l’équipe d’Elementary, ou encore cette vidéo d’initiation parmi d’autres…

Comme je voulais présenter mes recherches d’hier, mais que je rechignais à rédiger un article, j’ai commencé par m’exprimer comme ça venait sur Mastodon, puis, dans la journée, j’ai amélioré la chose sur Diaspora, où les échanges qui ont suivi sont, comme souvent sur ce réseau, intéressants, et ce soir, j’ai modifié et rédigé davantage pour obtenir cette version pour le blog.

Autant dire que je ne procédais pas du tout ainsi par le passé. Ça prend peut-être plus de temps, mais je glane ainsi quelques retours utiles à ma réflexion toujours en cours, et surtout, ça occasionne ou renforce des liens, ce qui est l’essentiel.

La suite au prochain épisode…

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Photo d’illustration principale : 25th Ickworth Wood & Craft Fair 2014, par Dave Catchpole, sous CC BY

Ulysses, fonctions parfaites, plateforme atroce

Intéressant de constater que tout ce qui concerne Ulysses est fermé, restreint, et payant : les vidéos disponibles sur Youtube sont rares, datées, peu techniques, ou qui le deviennent paraît-il dans des versions payantes (il faut bien rembourser les sommes astronomiques dépensées pour écrire chez Apple…).

Le produit, qui me conviendrait sans doute mieux que tout ce que j’ai testé jusqu’ici, n’est disponible et fonctionnel que sur les ordinateurs de cette foutue firme, qu’à travers un abonnement, lequel n’est payable que si l’on dispose d’un Apple ID… Je ne peux donc pas le tester, et la société qui le développe ne met à disposition aucune vidéo pédagogique pour en montrer l’usage et les avantages. Je me retrouve donc à grappiller et rassembler, occasionnellement, des informations, notamment dans les annonces de mises à jour, et sur leur blog.

Dans cette même logique d’ensemble, le code n’est évidemment pas disponible, ce n’est ni open source, ni libre ni quoi qu’est-ce, mais pire, les mises à jour introduisent des problèmes, surtout pour la version pour ordinateur de bureau tandis que celles pour smartphones ou tablettes lui font en quelque sorte concurrence.

L’utilisation du service de stockage délocalisé (cloud) d’Apple semble être forcée, du moins en tant qu’outil de synchronisation, ce qui, si les écrits sont renfermés dans un genre de base de données inaccessible à l’utilisateur ou exploitable uniquement par le logiciel, rendrait la duplication et l’archivage difficile voire impossible. Et je me demande du coup si les mises à jour ne sont pas forcées elles aussi, histoire de n’avoir jusqu’au bout aucune emprise sur l’outil qu’on utilise et qui deviendrait, sans l’accumulation de toutes ces tares, peut-être, mon outil de travail principal.

Je n’ai rien vu, par ailleurs, qui permette de penser que la typographie française soit correctement gérée : guillemets typographiques, ou gestion des espaces insécables…

Tout ça, cet entre-soi, cet élitisme, est frustrant parce que, par bien des aspects et du fait d’un certain nombre de fonctions, je pense que je produirais avec plus d’aisance et surtout de cohérence si je pouvais profiter d’un tel outil. Les communautés du logiciel libre ont depuis longtemps prouvé qu’elles savaient faire au moins aussi bien que de grands groupes industriels aux moyens colossaux, mais ce secteur de l’écrit pensé pour la publication numérique et web n’a visiblement pas encore fédéré.

En attendant, ce n’est pas le prix indécent des machines d’Apple qui me coûterait le plus, mais bien de m’infliger une telle prison dorée, de m’enfermer dans un tel ghetto numérique (les riches ont aussi leurs ghettos), avec ses verrous partout, ses restrictions omniprésentes, son intrusive « sécurité »…

Un techno-cocon confortable peut-être, qui me révulse.

Reste donc à apprendre, à forger sa propre autonomie, y compris sur le plan informatique et logiciel.

En attendant d’être capable de développer mon propre outil, je continue de fouiller et de tester tout un tas d’alternatives plus ou moins libres… dont je vous parlerai sur ce blog.

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Crédit photo : Ice prison, par Janos Csongor Kerekes, sous CC BY-ND